Anton / Elisabeth Zöller

Ce roman, traduit de l’allemand, nous raconte l’histoire d’Anton et de sa famille de 1938 jusqu’à la fin de la guerre. Anton, suite à un accident de circulation, bégaie, a le bras droit paralysé et des atteintes cérébrales qui ralentissent ses apprentissages. Au fil des années et de la montée du racisme nazi, il va peu à peu être rejeté et maltraité par l’école (autant par les professeurs qui l’obligent à écrire de sa main droite malade : « un bon allemand doit écrire de la main droite », que par les élèves qui en grandissant entrent dans les Jeunesses hitlériennes). En toile de fond, on devine la politique eugéniste des Nazis envers les « êtres inférieurs » que sont les handicapés. Heureusement, l’amour familial, la chance et la solidarité contre la folie permettront de sauver Anton. Le point de vue du narrateur sur le peuple allemand et les doutes progressifs qui apparaissent avec la bataille de Stalingrad, où de nombreux pères d’enfants disparaissent, est rare et précieux pour un lecteur français. En effet, il fait comprendre la complexité interne de la situation des Allemands, qui en 1943 sont muselés par l’extrémisme et la folie des plus fanatiques.

Publié chez Bayard (Millézime)

Agrippine la jeune / Audrey Guiller, Pénélope Paicheler

Parmi les premiers titres de la collection « T’étais qui toi ? » chez Actes Sud, une petite merveille d’humour avec cette petite biographie (non autorisée ?) d’Agrippine la jeune. Les aventures de cette meurtrière avide de pouvoir sont rendues hilarantes par le ton dégagé de tout pathos du récit et par les illustrations de Pénélope Paicheler qui en rajoute une couche dans une veine Montypythonesque. Et en plus, cela reste bien une biographie puisque tous les éléments connus sur la soeur de Caligula nous parviennent et donnent envie de relire aussi nos classiques tel le « Britannicus » de Racine

Edité chez Actes Sud (T’étais qui toi ?)

Le château des Gitans / Magali Favre

Montpellier : années 50. Aymé est venu passer les vacances chez ses grands-parents. Ses parents, eux, sont restés au Québec où ils se sont installés après la guerre. Aymé va alors découvrir toute la gouaille et la chaleur d’un pays, et aussi se faire de nouveaux amis, même parmi les petits gitans que sa grand-mère lui interdit de fréquenter. Au fil des chapitres, nous découvrons tout un monde languedocien aujourd’hui révolu. Nous voyons se côtoyer les communautés ouvrière et gitane dans les quartiers des bords du Lez. Magali Favre nous emmène sur les pas des gitans, qui ne sont pas encore totalement sédentarisés, et avec Aymé, nous découvrons leurs coutumes, leurs traditions et leur Histoire, qui fut aussi tragique. Malgré une fin un peu escamotée, ce petit roman, qui fleure bon le souvenir d’enfance, tout en parlant aussi du devoir de mémoire vis à vis des peuples gitans, n’a rien de surfait ou de commandé.

On sent bien que ce sont la sincérité, l’amour d’une région, et une bonne dose de générosité et de tolérance qui ont présidés à son écriture.

Publié chez Boréal

Ils m’ont appelée Eva / Joan M. Wolf

1942, Tchécoslovaquie. Une Jeune fille nommée Milada, 10 ans est arrachée à sa famille par les troupes Nazies. Sous prétexte qu’elle a les cheveux blonds, les yeux bleus et un nez dans les normes, les Allemands vont faire d’elle une « Aryenne » nommée Eva. Pendant des mois, Eva va être séquestrée dans un centre allemand et être submergée par des mensonges et des enseignements rudes qui feront d’elle une « Aryenne pure race », une élue.

  

Ce roman historique aborde la seconde guerre mondiale sous l’œil d’une enfant, qui n’a ni choix, ni droits. De plus, il met en scène avec justesse le néant et le manque de repères cohérents et solides qui régnait sur l’Allemagne à cette époque. Le fait que le narrateur soit une enfant qui s’exprime en des termes simples et compréhensible, permet au jeune lecteur de appréhender les limites et les débordements d’une idéologie totalitaire.

C’est pourquoi, selon moi, cet ouvrage est de qualité.

Publié chez Pocket Jeunesse (Hors-collection)

Blanche et les sept danseurs / Gwendoline Raisson

Parodie humoristique de Blanche Neige et les sept nains : la belle-mère est caissière en chef du supermarché Miniprix et Blanche se réfugie auprès de 7 danseurs qui ne sont autres que des acrobates de cirque. Les situations sont reconnaissables, mais les décalages anachroniques font de ce petit roman une lecture plaisir où les enfants souriront tout du long. De plus, le personnage de Blanche n’apparaît pas aussi passive que la Blanche-Neige du conte et saura se venger des injustices qui lui ont été faites. Le parti pris féministe de la collection est ici pertinent, bienvenu et bien vu.

Publié chez Talents hauts (Livres et égaux)

Je ne serai pas une femme qui pleure / Anca Visdei

Devenir orpheline de ses 2 parents le jour de ses 18 ans, voilà ce qui arrive à Marianne. Et dès l’annonce de cette mort par le médecin de famille, René Desmoulins, l’adolescente n’aura de cesse de tout mettre en oeuvre pour attirer à elle cet homme mûr, qui ne saura pas trop comment agir. Ce roman est celui d’une jeune fille décomplexée et décidée à tirer des leçons de toutes ses expériences vécues. Il tourne autour de la sexualité et des rapports homme-femme, à partir d’une « première fois » bâclée, et d’un regard sur des parents qui avaient finalement des vies hypocrites (adultère du père) et où la mère était ravalée au rang de servante. La rupture provoquée par la mort et par la volonté de l’adolescente est intéressante, mais l’intérêt littéraire est plutôt réduit, avec peu de surprises au plan narratif.¨

Publié chez Actes Sud (D’une seule voix) 

Morgause / Jean-Xavier July

Morgause la petite servante est accusée d’avoir volé le Sceau d’Eilesis, qui protège le royaume du maléfice des dragons. En fait, c’est l’orgueilleux prince Siegfried, qui a menti à ses parents. En partant d’une histoire on ne peut plus banale de fantasy médiévale, ce petit roman pour premiers lecteurs nous dépeint finalement une jeune héroïne qui se libère à la fois de sa condition sociale mais aussi de fille, pour devenir une aventurière qui mène la danse tout au long de l’action. Les garçons en la personne du prince Siegfried ne sont pas épargnés et la fin voit l’affranchissement de la jeune fille. La collection Livres et Egaux est assez inégale mais nous délivre là un sympatique récit.

Edité chez Talents Hauts 

L’enfaon / Eric Simard

Petit roman de SF. Si le titre paraît ridicule, le propos se tient à peu près. L’enfaon est un humain génétiquement modifié avec des gènes de cerf, car, à sa naissance, il était atteint d’une maladie mortelle chez les humains. Bien que le tout fasse un peu livre de commande, cet ouvrage aborde le thème de la différence et de son acceptation. Grâce à Leïla, une petite camarade de classe, l’enfaon sortira de son monde (le centre pour humains génétiquement modifié dans lequel il vit) et surtout de sa vie de souffre-douleur.

Edité chez Syros (Mini Syros Soon)

Le très grand vaisseau / Ange

3000 hommes sont partis de la Terre dans un très grand vaisseau pour chercher un monde meilleur. La partie supérieure ést réservée aux pilotes mais semble recéler un secret. Après avoir ressenti d’horribles secousses, le héros, qui vient d’avoir 10 ans, décide avec ses 2 meilleurs amis, d’enfreindre la loi et de monter à l’étage des pilotes. Il découvrira la triste réalité d’une épidémie qui les a décimés. Le dernier pilote, malade, apprendra aux jeunes le maniement du vaisseau, pour une fin heureuse.

Le suspense est intéressant pour de jeunes lecteurs. Cette nouvelle collection se veut d’ailleurs un apprentissage de la SF pour les premières lectures. Cela sent bien sûr un peu l’écriture de commande, mais bon…

Edité chez Syros (Mini syros Soon)

Terminale terminus / Thierry Robberecht

Cela ressemble à un polar avec des ingrédients connus, à commencer par la mort initiale de Louis, lycéen renversé par une voiture qui s’enfuit. Puis l’enquête menée par la jeune soeur qui ne croit pas à l’accident. Mais très vite, le lecteur se rend compte qu’il s’agit d’une plongée sociale dans le petit monde impitoyable des relations adolescentes qui se nouent autour du shit, puis des drogues plus dures, au sein d’un lycée. On comprend alors comment une jeune ado peut basculer dans le trafic juste par besoin de reconnaissance au sein d’un groupe. Et aussi la pression exercée de l’extérieur par les fournisseurs, qui sont au final les véritables instigateurs du meurtre, autant que les profiteurs du système. L’amitié du héros avec un adulte handicapé et obèse autant que poète est un élément de plus pour parler du mal-être existentiel de Louis, qui filtrera tout au long des carnets qu’il a laissés et qui rythme l’écriture romanesque. Le tout donne un beau roman sensible, qui rend bien compte de l’adolescence, avec tous ses points de vulnaribilité et toutes ses richesses.

Publié chez Syros (Rat noir)

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